Rien n'a plus d'impact sur une relation que la satisfaction des besoins affectifs.

Nous avons, en tant qu’être humain, besoin du regard de l’autre pour nous construire et alimenter notre estime et notre identité. C’est à travers des signes de reconnaissance (ou « strokes » dans la théorie Analyse Transactionnelle, « AT ») que nous alimentons nos besoins affectifs,  notre « réservoir d’amour ». Ces strokes répondent à nos besoins d’être vu, connu et reconnu, d’être aimé, apprécié, valorisé…soutenu.

Les strokes répondent aussi aux besoins de stimulation (un des 4 besoins définis par Eric Berne, fondateur de l’AT). Ces besoins de stimulation sont vitaux pour notre organisme, ils lui apportent l’énergie et la sécurité nécessaires, grâce à la nourriture, notamment la satiété, et le contact physique, l’intimité.

Donner et recevoir des strokes

Afin de nourrir ces besoins, nous avons bien besoin des autres, de leur regard, leur contact, leurs paroles.

Il est à préciser que quand, dans l’enfance, nous avons été plutôt comblés sur les signes de reconnaissance et de stimulations, nous arrivons à l’âge adulte avec un réservoir déjà rempli. Ce qui agit sur la façon dont nous allons demander et recevoir les strokes, notamment sur notre capacité à nous en donner à nous-mêmes.

Là j’évoque l’économie des strokes : comme dans un marché, l’offre et la demande ainsi que le stockage des strokes, la régulation des flux… Afin de nourrir notre sécurité et notre propre valeur, il est intéressant d’étudier lesquels de ces processus (demander, donner, accepter ou refuser, se donner à soi-même, mémoriser) nous utilisons, plus ou moins.

Les langages des strokes

Enfin, les voies des strokes sont variées, comme dans les 5 langages de l’amour, et nous pouvons être plus sensibles aux gestes, ou aux paroles, ou encore aux pensées (attentions)…

Le besoin de strokes et les voies « recevables » diffèrent selon l’histoire des personnes.

Les signes de reconnaissance « strokes » :

Tout stroke peut se faire à partir de n’importe quelle relation, verbale ou non verbale.

Les caractéristiques fondamentales des strokes : ils sont sincères, justifiés, adaptés à la situation

Le stroke peut être conditionnel (lié à ce que la personne FAIT ou à une partie de ce qu’elle est, comme son habillement ou son comportement) ou inconditionnel (ce qu’elle EST)

Le stroke peut être un compliment ou une critique (en langage courant on parle de critique constructive). Par contre il n’y a pas de stroke inconditionnel critique, c’est toujours un signe de refus de l’autre.

L’économie des strokes :

Le principe d’économie des strokes a été développé par Carl Steiner.

Il suggère que les parents imposent 5 règles concernant les strokes, leur but étant d’éduquer leurs enfants, qui, afin d’obtenir des strokes, se plieront à ces règles. Elles sont très liées aux valeurs morales et à la culture dans laquelle nous vivons. Par exemple, se donner des strokes positifs à soi-même peut être jugé comme de la vantardise ou de l’orgueil dans certaines traditions. Elles sont très liées aussi aux systèmes de strokes dans lesquels les parents ont été éduqués.

Les conséquences de ces règles sont que nous pensons que la quantité de strokes est limitée, et que pour en obtenir il faut payer un prix . Exemples :

 ACCEPTER « n’accepte pas les strokes que tu désires» amène la personne à modifier un compliment en critique : « il me dit cela, mais il pense le contraire ».

 

DEMANDER « ne demande pas les strokes dont tu as besoin » revient à vivre la frustration que les autres ne devinent pas nos désirs, cela renforce aussi l’idée que si on le demande, le stroke a moins de valeur, voire plus du tout (il est « forcé » donc non sincère)

DONNER et SE DONNER « ne donne pas les strokes que tu as envie de donner », que l’on peut lier à « ne te donne pas de stroke à toi-même », suppose qu’il n’est pas bon de (se) complimenter (cela rend orgueilleux), ou de critiquer (c’est s’arroger le droit de juger l’autre)

REFUSER « ne refuse pas les strokes que tu ne veux pas » est lié à l’idée que le nombre de strokes est limité : mieux vaut alors un stroke négatif que pas de stroke du tout.

Ces 5 règles continuent d’agir, quand on est adulte, et à notre insu : pour être cohérent avec nos décisions anciennes, nous restons dans un monde limité en nombre de strokes.

Entrer dans une nouvelle économie

Or les strokes existent en quantité illimitée, il appartient à chacun de les distribuer le plus sincèrement possible : c’est la morale du « Conte chaud et doux des chaudoudous ».

Afin de passer à une position Adulte (en référence à l’AT), que je résumerai ici par la prise de conscience et la capacité à exprimer sa valeur et ses besoins et à accepter ceux des autres, il faut mettre à distance la culture dans laquelle nous vivons et baisser notre juge intérieur (notamment se donner des strokes à soi-même).

Sources : Manuel d’AT, Des jeux et des hommes de Berne, le conte chaud et doux des chaudoudous de C Steiner, article des AAT n°26 d’avril 83 de S. Caracushansky.