Cet article s’appuie sur le livre de  Daniel Stern “Le monde interpersonnel du nourrisson” paru en 1985.

Les rencontres font apparaître un "sens de soi", principe organisateur de notre développement.

Rencontre Développement Thérapie

Contrairement à la première génération de psychanalystes, Daniel Stern, psychanalyste américain contemporain stipule que l’existence d’un sens du soi émerge dès la naissance. En simplifiant, le « sens de soi » est une conscience directe et élémentaire de qui l’on est. Cette conscience surgit à l’occasion des actions ou des processus mentaux du nourrisson.

Dans son livre “Le monde interpersonnel du nourrisson” (1985), le sens de soi est défini comme le principe organisateur du développement. Il apparaît à l’occasion de rencontres interpersonnelles et va moduler notre façon d’entrer en relation. Quatre sens de soi y sont décrits,  chacun définit un domaine différent d’expérience de soi et de modalité de lien interpersonnel / social.

Nos rencontres continuent à influer sur notre développement tout au long de notre vie

thérapie adultes rencontre

Ces sens de soi ne sont pas considérés comme des phases successives qui se remplacent : une fois formé, chaque sens de soi continue pleinement à fonctionner et à être actif tout au long de la vie : ces quatre sens de soi continuent à se développer et à coexister. Les périodes de formation (dites précoces) de chaque sens de soi sont sans doute plus sensibles quant à l’impact sur la personnalité.

 

Le cerveau du bébé se développe littéralement dans l’interaction (les connexions synaptiques entre les neurones se construisent à partir de l’interaction avec l’environnement maternant), à travers les expériences intersubjectivesl’attention conjointe et le partage d’émotions

Tout au long de la vie, le lien intersubjectif interpersonnel et le partage d’états émotionnels peuvent permettre de réparer les séquelles des traumas passés, des ruptures et pertes des liens d’attachement. De nouvelles connexions neuronales seront fabriquées dans le processus de réparation interactive, comme le confirment les récentes recherches en neurosciences.

 

Rencontres "thérapeutiques" et développement neuronal

Les implications cliniques de la théorie de Stern sont importantes : 

dans la relation thérapeutique (et cela peut être étendu à la relation d’aide et à toute rencontre car l’intimité et la confiance sont des sources de développement et de changement ), Stern accorde autant d’importance au lien interpersonnel / intersubjectif qu’il en a dans la relation parents-enfants. Ce sont les moments de connexion émotionnelle avec l’autre qui peuvent générer un résultat thérapeutique positif.

Par exemple, si un traumatisme précoce a eu lieu pendant la phase de développement du sens de soi noyau, la personne peut avoir du mal à réguler ses émotions. La connexion émotionnelle intersubjective dans la relation thérapeutique permet progressivement à la personne de réguler ses affects, exactement comme la mère permet à son bébé d’intérioriser la capacité à réguler ses émotions.

Les 4 sens de soi, issus des rencontres, et organisateurs du développement - selon Daniel Stern

Cette expérience globale et subjective du monde reste le domaine fondamental de la subjectivité humaine tout au long de la vie. C’est le réservoir fondamental de l’expérience humaine dans lequel on peut puiser pour toutes les expériences de création.
Le sens de soi émergent (0 à 2 mois)
Le sens de soi émergent (0 à 2 mois) Les nourrissons sont préprogrammés pour avoir conscience des processus d’organisation-de-soi. Selon Daniel Stern, il n’y a jamais de confusion entre le soi et l’autre au cours de la première enfance ( pas de phase dite symbiotique). Les nourrissons entreprennent activement la tâche de relier les diverses expériences qu’ils vivent : les capacités d’intégration entre des évènements sont innées : par exemple, si les nourrissons peuvent sentir une forme en touchant un objet, ils sauront à quoi ressemble l’objet sans l’avoir jamais vu.
Cette expérience globale et subjective du monde reste le domaine fondamental de la subjectivité humaine tout au long de la vie. C’est le réservoir fondamental de l’expérience humaine dans lequel on peut puiser pour toutes les expériences de création.
Ce sens de soi noyau est à la base de tous les autres sens de soi plus complexes qui s’ajouteront ultérieurement.
Le sens de soi noyau (2 à 6 mois)
le nourrisson fait l’expérience du sens de soi physique comme une entité cohérente, séparée, volontaire, limitée, avec une vie et une histoire affectives et singulières qui n’appartiennent qu’à lui. C’est une expérience subjective du soi. Le nourrisson ressent sa mère et lui comme distincts. Ces interactions sociales impliquent surtout la régulation des affects et de l’excitation.
Ce sens de soi noyau est à la base de tous les autres sens de soi plus complexes qui s’ajouteront ultérieurement.
Les 4 expériences du soi noyau
être l’auteur de ses actes
la cohérence de soi
l'affectivité de soi
la permanence de soi
L’intimité psychique est désormais possible.
Le sens de soi subjectif (7 à 15 mois)
le nourrisson commence à développer un deuxième système d’interprétation en découvrant que les autres ont un psychisme analogue au sien. Le soi et l’autre ne sont plus seulement des entités noyaux avec une présence physique, des actions, une affectivité et une continuité. Le sens de soi et de l’autre inclut désormais des états mentaux subjectifs (émotions, raisons, intentions) qui apparaissent derrière les évènements physiques du lien interpersonnel noyau. Ces émotions, intentions… ne sont pas visibles mais on peut les déduire, et on peut s’y connecter. Ce sens de soi subjectif fonde la possibilité d’une intersubjectivité entre le nourrisson et le parent.
L’intimité psychique est désormais possible.
Ce sens de soi verbal s’appuie sur un nouvel ensemble d’aptitudes : objectiver le soi, réfléchir sur soi, réfléchir sur l’autre, sur l’autre et soi, comprendre et produire du langage…
Le sens de soi verbal (à partir de 15 mois)
l’enfant développe un 3e système d’interprétation de soi et de l’autre, à savoir que le soi (et l’autre) emmagasine une expérience et un savoir personnels sur le monde (« je sais qu’il n’y a plus de jus de fruit dans le réfrigérateur et je sais que j’ai soif »). Et ce savoir peut être traduit en langage et partagé par le langage avec l’autre. Ce sens de soi verbal qui agit dans le domaine du lien interpersonnel verbal, domaine nouveau et quasi illimité, s’appuie sur un nouvel ensemble d’aptitudes : objectiver le soi, réfléchir sur soi, réfléchir sur l’autre, sur l’autre et soi, comprendre et produire du langage…
Ce sens de soi verbal s’appuie sur un nouvel ensemble d’aptitudes : objectiver le soi, réfléchir sur soi, réfléchir sur l’autre, sur l’autre et soi, comprendre et produire du langage…